BIOGRAPHIES

ANDRE VINTRE (1895 - 1965)

Docteur en Médecine diplômé de la Faculté de Médecine de Paris - Gravement blessé à Verdun à l’âge de 17 ans où il gagne la Croix de Guerre et la Médaille Militaire – Il se rééduque par le chant et rentre à l’Opéra-Comique comme baryton – Médecin, il obtient son doctorat avec la mention Très Bien – Il s’investit alors dans les œuvres humanitaires (sauvetage, mutuelle, etc.) – Chevalier de la Légion d’Honneur – Médaille d’or de la Mutualité – Officier de l’Education Civique – Médaille de l’Education Physique - Médecin-Chef des Ecoles de Culture Physique du Maître Edmond DESBONNET – Membre de la Commission Médicale de la Fédération Française de Culture Physique – Collaborateur pendant plus de vingt ans de la revue Culture Physique, attaché au service de physiothérapie – Mort accidentellement à l’âge de 70 ans

Le docteur ANDRÉ VINTRE est fait Chevalier de la Légion d'Honneur en 1954. Chef du Service Médical des Ecoles DESBONNET, le Ministre de l'Education Nationale, Monsieur André MARIE, et son collaborateur le Colonel Gaston ROUX, Directeur Général au Ministère, sanctionnent ainsi le rôle important que joue le nouveau nommé dans les milieux culturistes et plus particulièrement à la F.F.C.P.H. (Fédération Française de Culture Physique et d'Haltérophilie).

 LA CULTURE PHYSIQUE UNE PANACÉE THÉRAPEUTIQUE UNIVERSELLE

Pour la conservation maximum du physico-psychique (possibilités physiques et mentales) le docteur ANDRÉ VINTRE nous parle de la Culture Physique, pour laquelle il a une très forte estime: "La culture physique n'est que le prolongement d'un réflexe naturel; par instinct le nouveau-né n'emploie-t-il pas au maximum son amplitude thoracique, et ses premiers vagissements ne constituent-ils pas une gymnastique parfaite? Le chant lui-même, forme harmonique de la ventilation pulmonaire, n'est-il pas, dans certains pays d'Europe, le traitement annexe de la tuberculose? La Culture Physique rappelle cette perfection respiratoire, et ce n'est pas là le moindre de ses buts. Quelques culturistes vont jusqu'à affirmer que l'exercice peut et doit se substituer à toute médication; l'assertion en est trop absolue, et si, dans l'immense majorité des cas, cette pratique a un pouvoir préventif et curatif, quelques maux échappent pourtant à son influence salutaire. Elle a en réalité deux objectifs majeurs - Le premier, de contribuer à modifier la morphologie (faire maigrir les gros ou étoffer les maigres), creuser certaines courbes ou en accentuer d'autres, progressivement jusqu'à la perfection de la ligne antique, comme le prônait déjà HIPPOCRATE - Le second but est d'assurer  l'amélioration fonctionnelle des organes, qui est en rapport étroit avec cette métamorphose esthétique - Mais en premier lieu, comment la culture physique agit-elle sur la physiologie? Quand la respiration restreinte n'oxygène pas suffisamment l'organisme, rien ne peut mieux stimuler et rééduquer cette fonction défaillante que l'exercice progressivement intensifié. Il ne s'agit pas, évidemment, de faire des mouvements à froid (ce qui ne réaliserait qu'un aller et retour d'air dans les poumons), il faut que l'activité musculaire soit énergique et prolongée pour déterminer d'importantes oxydations nutritives, produire une plus grande quantité de calories et accroître le métabolisme; ces transformations énergétiques ne peuvent se faire qu'avec une importante consommation d'oxygène, exigeant un rythme respiratoire accéléré et profond. Au cours du travail musculaire, le sang artériel cède aux tissus de trois à vingt-trois fois plus d'oxygène qu'au repos (l'importance de cette cession étant proportionnelle à l'intensité et à la durée de la gymnastique). D'autre part, le cholestérol, principe sclérosant et vieillissant (comme nous le savons) est régulièrement brûlé. Le taux de l'urée sanguine se régularise et se stabilise - Premièrement, par suite du fonctionnement plus actif des émonctoires qui favorisent l'élimination des produits toxiques - Deuxièmement, par des combustions plus complètes réduisant l'importance des déchets - Qui n'a éprouvé, après un exercice provoquant une légère sudation, le bien-être général que procure la désintoxication par l'intermédiaire des poumons, des reins et des glandes sudoripares, éliminatrices de la sueur? L'effort modéré favorise, enfin, le travail cérébral. Il est rare que les personnes qui mènent une existence physiquement très active soient atteintes de maladies chroniques dues au ralentissement ou à l'imperfection des échanges (arthritisme, lithiases hépatique ou rénale, athérosclérose, accidents cardiaux-rénaux, hyperglycémie, asthme, etc.) en un mot, les sujets restent jeunes. Au point de vue esthétique, ils ignorent l'épaississement des traits, la femme ne prend pas avec l'âge, l'allure brusque et la voix grave de l'homme; la rapidité des réflexes, la précision et l'harmonie des gestes sont conservées dans leur intégrité....... Cependant, conservation de la ligne ou rétablissement de la santé n'est pas l'unique objet de la culture physique - on doit l'envisager comme Facteur Curatif envers certaines Viciations Anatomiques ou Pathologiques (Cyphose, scoliose, déformation du bassin, tuberculose pulmonaire, ptôse gastrique, rénale, etc.) - cette GYMNASTIQUE des ORGANES a des possibilités thérapeutiques extrêmement larges et trop souvent dédaignées.  Pouvons-nous tous faire de la culture physique? A part quelques cas exceptionnels, je réponds, OUI. Comme tout remède, elle a ses indications et ses contre-indications; parmi ces dernières, je proscris depuis longtemps, pendant l'âge mûr, les exercices de vitesse et l'abaissement brusque de la tête, qui congestionne le cerveau (les hypertendus, les pléthoriques, risquent l'hémorragie cérébrale). J'ai souvenance d'un masseur qui avait conseillé à l'un de ses clients de parcourir chaque matin quelques centaines de mètres au pas de gymnastique pour lui conserver, disait-il, l'allure et la souplesse juvénile! Par bonheur, on découvrit opportunément une aortite syphilitique, jusqu'alors insoupçonnée, et qui aurait pu amener les pires complications. Un examen médical s'impose donc avant d'entreprendre les séances, et le rôle du médecin culturiste reste aussi important que, dans un autre domaine, celui d'un instituteur ou d'un prêtre; cependant cette tâche est, hélas! Parfois ignorée de nos confrères, ou malencontreusement assumée par certains éducateurs physiques. De plus, il importe que l'élève suive les directives données, sans fantaisie personnelle, sans désir d'obtenir dans un minimum de temps des pectoraux à faire pâlir APOLLON, bien que certains bateleurs forains affirment que, pour s'enorgueillir d'un biceps, il suffit de le mettre en contraction prolongée avec un haltère de 5 à 10 kg et qu'ainsi, très vite, le muscle acquiert un relief impressionnant; mais cette hypertrophie a-t-elle un rapport avec la santé? Et combien avons-nous vu de ces pseudo-athlètes terrassés par une maladie d'apparence bénigne! C'est d'ailleurs en raison des inconnues que je ne peux donner de directives malgré une expérience de nombreux lustres comme Médecin-chef des ECOLES DE CULTURE PHYSIQUE DESBONNET; tout dépend de l'âge, de la force, des possibilités physiques, des habitudes, des saisons, des climats - il y a une clinique de l'exercice propre aux sujets sains, une autre adaptée aux convalescents ou aux malades - L'entraînement progressif devant amener la cadence et la durée optimum est, lui aussi, idividuel et dépend en outre du comportement nerveux du néophyte - chez un irritable, angoissé, coléreux, la rapidité des mouvements et la prolongation des séances ne font qu'augmenter les déchets organiques qui l'encombrent déjà et accroître son instabilité; il tourne en circuit fermé; au contraire, une culture physique décontractante, suivie non pas d'une hydrothérapie froide (qui intensifierait ses spasmes) mais d'une douche tiède, facilitent la relaxation et la désintoxication, par élimination des toxines - Au contraire, si le sujet est mou, adynamique, l'exercice rapide lui donne peu à peu un meilleur potentiel énergétique; la balnéation froide stimulante lui est favorable. Ces deux extrêmes, démontrent la variété des problèmes, et combien il peut être préjudiciable à des individualités différentes de travailler sur un rythme et un temps identiques. En règle générale, la culture physique doit être pratiquée au moins trois fois par semaine; surveiller l'exécution des gestes en contrôlant dans une glace, les faire suivre d'ablutions, quelquefois d'un massage, mais toujours de dix minutes de repos cadavérique - s'allonger en relaxation, le corps enveloppé d'un peignoir ou d'une couverture de laine, dans une pièce sombre de préférence, sans parler, les yeux clos; c'est alors que se fait la bienfaisante élimination des toxines, de la profondeur vers la superficie - Pour les fatigués intellectuels ou manuels, la Gymnastique est préférable avant le dîner; ensuite le bain, le repos apportant la détente, l'appétit est meilleur, et le sommeil qui suit plus réparateur! Si l'exercice rationnel donne un corps athlétique, il tend par le développement des masses musculaires à nuire à la légèreté et à la grâce apparente de la femme - Entre la culture physique, proprement dite, et la chorégraphie, existe en intermédiaire une gymnastique d'élongation (sans haltère, uniquement au tapis), et je pense qu'il serait préférable que nos compagnes fassent des stations plus prolongées dans les salles que chez les couturiers, au bénéfice de leur silhouette et de...nos portefeuilles. J'assiste parfois aux ballets classiques et ne peux me lasser d'en admirer la parfaite harmonie, ainsi que l'équilibre et la souplesse qui caractérisent le ballerines; la perfection de leurs mouvements réclame un entraînement quotidien intensif et si la pratique des pointes les dote de mollets proéminents, il n'en reste pas moins vrai que le dur apprentissage de la danse aboutit à l'expression totale de la beauté. Il ne faut pas considérer la Culture Physique comme un but, mais comme un moyen - C'est suivant les aspirations et les qualités musculaires de chacun, le tremplin d'envol vers la saine nature, les jeux de plein air, les performances sportives - Sans parler des joies, modestes mais lumineuses, cette Ecole de la Volonté enseigne la domination du MOI Psychique et Physique, qui reste le facteur indispensable de l'équilibre biologique. J'aimerais conclure en évoquant le classique adage MEN SANA IN CORPORE SANO, qui résume si parfaitement cet idéal au nom duquel NIETZSCHE stigmatisait - les parasites de la société, ces malades pour lesquels il est inconvenant de vivre plus longtemps, qui végètent lâchement, ayant perdu le sens de l'avenir - Ce précurseur de l'euthanasie (mort douce provoquée médicalement chez un sujet incurable) pouvait-il trouver plus de force pour condamner les inutiles, incapables de découvrir ailleurs qu'en eux-mêmes une satisfaction? Interprétant sur le plan professionnel la conception du grand philosophe, combien de fois, en examinant certains malades, me suis-je moi-même inquiété de leur visage sans flamme, du manque de vivacité de leur oeil, et de cette espèce d'atonie, d'automatisme, qui trahit l'absence de vie intérieure! Peu à peu j'ai acquis la certitude que ce manque de rayonnement  n'était pas sans répercussions graves sur le physique - l'évanescence de la pensée, l'anémie intellectuelle, la limitation de l'intelligence entravée par l'égoïsme, sont bien souvent à la base d'une déficience corporelle - Chercher à s'élever, trouver dans un ÊTRE, une Ethique, un But, la Force physique et spirituelle, c'est parvenir dans l'enthousiasme à catalyser l'Esprit, au profit de la Santé.

 

BIBLIOGRAPHIE

Ouvrages du Docteur VINTRE : Plusieurs ouvrages dans le célèbre "Santé, Capital Or" A écrit de très nombreux articles notamment dans la revue "La Culture Physique"

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